15 à 20.000, c'est le nombre de Gens du Voyage qui vivent en Belgique.

La situation des Gens du Voyage est marquée par des défis socio-économiques et culturels. Bien que les autorités belges reconnaissent officiellement la diversité culturelle des Gens du Voyage, ces communautés font souvent face à des préjugés, à la stigmatisation et à des difficultés d’accès aux services publics tels que l’éducation et la santé. Les aires de stationnement destinées aux caravanes sont souvent insuffisantes, ce qui complique leur mode de vie nomade.

26 minutes, c’est le temps qu’on nous donne pour parler d'eux.

De l’idée au terrain...

C’est avec une immense fierté que l’équipe Roulez Jeunesse dévoile le fruit d’une année et demie de travail. On a réalisé, à six, un projet journalistique.

Notre but, traiter l’émancipation des jeunes et leur recherche identitaire dans leur communauté.

C'est au travers des témoignages poignants de trois jeunes femmes, qu’on espère offrir une nouvelle perspective, éclairant les aspects méconnus de ces vies itinérantes.

À travers ce travail, on veut offrir aux gens une meilleure compréhension de ces communautés et de leur choix de vie. On veut montrer les raisons pour lesquelles ces personnes décident de continuer ce mode de vie qui, parfois, nous paraît si éloigné du nôtre. Pourtant, au fil de cette expérience, on s’est rendu compte que nos choix et nos espoirs ne sont pas si éloignés les uns des autres.

Les communautés

Les Circassiens

Une histoire de famille

Si la magie du cirque laisse paraître une vie de rêve, les circassiens doivent faire preuve d’une grande rigueur dans leur quotidien. Le rythme de vie décalé demande beaucoup d’adaptation. Nous l’avons bien senti avec Selena qui, malgré son jeune âge, avait l’emploi du temps d’une ministre. Pendant les périodes de fête, la troupe pouvait parfois enchaîner deux spectacles par jour pendant plusieurs semaines., ce qui laisse peu de repos aux artistes qui doivent allier vie de famille et entraînements. Cependant, même si le rythme de vie peut parfois être intense, très peu s’en plaignent. Certains nous ont même confié que c’est cette intensité qui fait vivre la troupe. Ce qui nous a le plus marqué avec ces rencontres, c’est leur ouverture et leur modernité. On a souvent tendance à penser que les gens du voyage sont des communautés renfermées, les Bouglione nous ont prouvé le contraire. Au fur et à mesure des rencontres, on a appris à connaître toute la troupe.

« Dès qu’il y a des artistes, c’est comme une grande famille, parce qu’on est toujours ensemble. Tu peux manger chez toi et y a tout le monde qui va venir [...] on est tout le temps ensemble mais on a l’habitude. »
- Selena

Peu importe la langue, les origines ou les âges, toutes et tous sont réunis autour d’une même passion, la volonté d’émerveiller. Ce partage et ce dévouement que les artistes veulent transmettre lors des spectacles, nous l’avons ressenti tout au long de notre aventure sous le chapiteau.

« Quand le cirque n’est pas monté, ça fait bizarre, c’est comme s’il manquait quelque chose. »
- Selena

Selena

« J’ai connu que ça parce que mes parents sont dans le cirque depuis tout petits. Ils sont contents si je fais du cirque parce qu’on peut être sur la piste ensemble »

Dès les premières discussions avec le groupe, le cirque s’est imposé comme une évidence dans les communautés que l’on voulait explorer. Si la féérie de son univers intrigue petits et grands depuis des décennies, nous, on a voulu découvrir ce qu’il se cache derrière le rideau rouge.

Après une prise de contact audacieuse, Alexandre Bouglione a apprécié l’intérêt que l’on apportait à sa famille. Il nous a parlé de sa fille Anouchka et surtout de sa petite-fille Selena. Toujours dans l’optique de dégoter un personnage, on a vite senti que Selena cochait beaucoup de critères.

Dès les premières minutes passées dans sa caravane, on a compris qu’elle parlait autant que son grand-père, à notre plus grand plaisir ! La légèreté de cette conversation nous a directement fait tomber sous le charme du personnage. S’en sont suivis de nombreux rendez-vous à la découverte du quotidien hétéroclite de Selena. Combinant spectacles, entraînements et école à domicile, on a appris à découvrir une jeune fille aussi intrigante que rayonnante. Au fur et à mesure des semaines écoulées, les conversations légères des premiers rendez-vous se sont intensifiées.

La consécration de cette complicité a été son anniversaire de 17 ans, une soirée que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Réunis autour d’une grande table dans le chapiteau, toute la troupe était présente pour l’occasion. Vers la fin de la soirée, les plus alcoolisés nous ont même dévoilé quelques petits secrets sur la troupe.

Après plusieurs semaines de tournage, cela n’a pas été facile de mettre un terme à nos rendez-vous quotidiens. Avant de les quitter, l'oncle de Selena nous a confié qu'on allait leur manqué et alors qu'on allait partir, il nous a dit : “vous faites partis de la famille maintenant.”

Les Gitans

Les Gitans serbes

Le 14 août, Marie et Arthur se sont retrouvés à Banneux. On s’est rendu là-bas dans l’espoir de retrouver Romy et sa famille. On s’y rend sans trop savoir si elle y sera. Quelques mois auparavant, elle nous avait dit qu’elle y serait mais on n’avait plus de contact avec elle depuis quelques semaines (malgré les nombreuses tentatives de la contacter). C'était la fête de la Vierge, réputée en Belgique, à l'image de Lourdes en France.

On est arrivé à 15h, découvrant des caravanes dispersées, des barbecues parsemés dans les champs et des parkings. Cependant, pas de trace de Romy. On a interrogé plusieurs personnes. Un vieil homme, devant sa caravane nous a expliqué que tout le monde arrivait le lendemain.Ce jour-là, seul lui et les personnes garé en face de sa caravane parlaient français.

Cette famille nous avait déjà intrigués de loin, et on avait hésité à les approcher. Finalement, on a été à leur rencontre : trois caravanes entouraient une tonnelle et une grande table où six hommes étaient assis. Les femmes s'occupaient des bébés ou vaquaient à diverses tâches ménagères. On leur a demandé si des Français étaient arrivés dans les environs, avant de pouvoir entendre leur réponse, on s'est retrouvé à leur table, un verre de tequila à la main. L'accueil a été chaleureux.

Cette famille, originaire de Charleroi,  se déplace fréquemment en caravane. Ils nous ont invités à partager le repas du cochon avec eux. À ce moment-là, on a compris qu’on devait sortir nos caméras. On a saisis l'occasion et demandé au père de famille l'autorisation de filmer sa femme, pensant qu'elle pourrait être notre personnage principal. Thiméa, la mère d’une famille de sept enfants, n'était pas gitane à la base mais l'est devenue en épousant son mari actuel à 15 ans. 

Nous y sommes retournés le soir même. La musique à fond, le cochon en train de rôtir, les enfants sirotaient du coca au biberon, tout le monde chantait et dansait. Marie a filmé de tout, dansant parfois avec les filles. Arthur, de son côté, a discuté avec les hommes autour d’un verre.  On a pu apprendre à mieux les connaître ce soir-là.

« J’aimerais bien voyager partout, voir le monde extérieur, tout différent d’ici, la maison, la routine. Là, ça va être une autre routine. »
- Malèna

De retour  le lendemain, presque tout le monde est déjà réveillé ou n'a pas encore dormi. Certains s'occupaient du cochon qui a cuit toute la nuit, d'autres des légumes.

Timéa a perdu sa voix à force de chanter la veille. On ne pouvait pas l’interviewer mais, heureusement, on avait discuté avec Malèna, sa fille aînée. Elle s’est installée et on a commencé à l’interviewer.

Après avoir rencontré la famille dans son grand complet, les mois passent sans nouvelles de Thimèa ou de Malèna. On a essayé de les joindre, en vain. Au fil des semaines, Malèna nous a annoncé qu’elle ne vivait plus avec ses parents. La situation était compliquée et il nous manquait une interview d’elle.

Après de nombreux appels sans réponses, après s’être fait raccrocher au nez plusieurs fois, on a décidé de tenter de la rencontrer une dernière fois. Elle a accepté de nous revoir. On l’a retrouvé dans un HLM dans lequel elle habitait avec son copain. 

Malèna

« J’espère aussi avoir ma caravane pour partir, beaucoup. J’aimerais vraiment partir souvent. »

Malèna, âgée de 17 ans, est l'aînée d'une famille nombreuse. Ses frères et sœurs sont sa priorité, elle aime prendre soin d'eux. L’autre personne de sa vie, c’est son copain. Elle a dû le présenter à son père pour avoir son approbation. Heureusement, il est ouvert d'esprit et peu attaché aux traditions du mariage comme les gitans les pratiquent. Lui, ne demande ni dot ni mariage arrangé. Malèna a la liberté de choisir avec qui elle veut être, sous réserve de l'approbation de son père.

Profondément croyante, elle apprécie particulièrement la journée du 15 août à Banneux, un moment festif où elle retrouve ses cousins et cousines venant de toute l'Europe. Sa famille est sacrée pour elle, et elle apporte son aide à sa mère dans les tâches quotidiennes.

Aujourd’hui, Maléna a quitté son cocon familial pour s’installer avec son copain et commencer à créer sa famille, à elle. Elle combine son travail dans une bijouterie, son travail de femme de ménage et la fin de ses secondaires. Elle est déterminée à recréer le chemin de sa mère, créer une famille, une grande famille, et repartir sur les routes le plus vite possible pour voyager.

Les Forains

Forain or not foraine, telle est la question

La première fois qu’on a rencontré Lorie, c’était sur la foire de Huy, le 27 août. À ce stade, on ne savait rien d’elle à part qu’elle était foraine et qu’elle hésitait à continuer la foire. On est arrivé au manège des auto-scooters où elle travaillait et on l'a vue, assise dans sa cabine. On connaissait la foire de notre enfance et des recherches qu’on avait faites mais c’était tout. Elle est sortie, on s’est présenté et on est rentré dans sa cabine. C’était la première fois qu’on se retrouvait de l’autre côté de la foire. Les clients arrivaient, payaient et nous, on filmait. Lorie ne nous a pas parlé tant que ça de la foire parce que c’est son histoire qui nous intéressait. Mais, par ce qu’on a pu observer et les personnes avec qui on a pu discuter, on en a découvert un peu plus.

Le lendemain, on y est retourné pour le déménagement de la foire de Huy. On a proposé à Lorie de la filmer dans sa voiture pour gagner du temps, on trouvait le contexte intéressant et on sentait que la journée était stressante pour eux. En voiture, on s’est installé à l’avant et à l’arrière et on a discuté avec elle. Elle nous a parlé de ses doutes, de ses espoirs et de ses choix. À la foire, elle n’est pas totalement elle-même mais avec les paysans non plus. Les paysans, pour les forains, ce sont les personnes qui ne font pas partie du monde de la foire. On est arrivé chez elle.

Aujourd’hui, la plupart des forains ne voyagent plus toute l’année. La famille de Lorie a un appartement à Namur. Cet appartement est au-dessus d’un hangar dans lequel ils stockent les prix du casino, les caravanes et les manèges qui se replient d’une manière assez extraordinaire pour prendre le moins de place possible. Après un premier convoi, on est retourné à la foire pour prendre les dernières caravanes et les ramener au hangar. Marie et Léo se sont installés à l’arrière de la camionnette avec Plop et Coco. Ce sont deux ouvriers qui travaillent pour la famille de Lorie. Ils aident aux déménagements pour monter et démonter les manèges et s’occuper des problèmes techniques. Sur la route du retour, Marie est partie et Léo est resté avec Lorie. À ce moment-là, ils ont parlé, sans caméras ou micros et ils ont appris à se connaître.

Les semaines sont passées après Huy et ils sont restés en contact avec Lorie. Pendant ces semaines de latence, Lorie a pris un job à Bruxelles (elle a fait des études en business international). Elle est partie du monde de la foire. Du moins, c’est ce qu’on pensait.

"La foire, c’est un piège, on va toujours te remettre dedans si tu ne pars pas à 100%."
- Lorie

Le 4 novembre, Céline et Léo ont retrouvé Lorie à la foire de Statte dans l’optique d’avoir des infos sur son travail et comment sa vie hors de la foire se passait. Mais, elle nous a dit qu’elle voulait quitter son travail et revenir travailler sur la foire. On était surpris parce qu’un mois avant, elle ne voulait pas y retourner. Pourtant, maintenant, elle semble avoir de nouveau changé d’avis mais ça se voyait, elle n’était pas sûre de son choix.

Un mois plus tard, on a retrouvé Lorie chez elle pour faire une dernière interview. C’est une interview qu’on a préparé longuement tant elle était importante.

"Pourquoi c’est si dur pour toi de quitter la foire ?"

Lorie

"Je sais pas quoi faire."

Lorie, c’est une fille qui nous a fait découvrir la foire sans savoir si elle voulait y rester. Elle n’a pas choisi la foire. Ce serait cliché de dire que la foire l’a choisi mais c’est le cas. Sa famille est foraine depuis plusieurs générations et pour ses parents, être forain n’était pas un choix mais une suite logique. Pour elle, c’est différent. Elle a étudié, elle est partie à l’étranger, elle a vu d’autres paysages, d’autres vies possibles. On a plus appris à connaître Lorie que le milieu des forains. Elle s’est ouverte à nous.

Notre volonté de traiter les jeunes dans ce documentaire était claire: on les comprend parce qu’on se retrouve parfois dans des situations similaires. On ne sait pas si on veut suivre le chemin de nos parents ou le quitter. Lorie, si elle quitte la foire, elle quitte sa famille, mais si elle reste dans la foire, elle ne pourra jamais être elle-même. La phrase que Lorie nous a le plus répété c’est : "Je sais pas quoi faire."

Portrait d'un jeune forain

Aaron

"Notre caravane c'est chez nous, c'est notre intimité"

Émission radio

L'équipe

Léo

Avec sa douce voix, son rire reconnaissable parmi 100 et son positivisme, Léo est un pilier dans le maintien de la bonne ambiance du groupe. Tout en restant très doux et un peu beauf, il arrive à remettre les troupes sur la bonne voie, à recentrer le groupe lorsqu’il le faut, mais aussi à le divertir avec un petit slam en temps voulu, car oui, en plus de ce rôle de médiateur, il a un don pour l’écriture. Bientôt, vous lirez son nom dans toutes les librairies de Belgique, car en 2025, il sera sur les routes des USA pour réaliser un de ses rêves… affaire à suivre.

Marie

Voici Marie, toujours accompagnée de son petit agenda, elle arrive à faire en une journée ce que nous faisons à peine en une semaine. Chaque heure de la journée est méticuleusement remplie, soit par des réunions de production avec des réalisateurs différents chaque jour, ou des séances photo de nus, ou encore un aller-retour en Colombie pour un film sur une tribu, un autre en Afrique pour en réaliser un sur des skaters, ou alors des heures à nous convaincre avec son léger accent liégeois que le village d’Aubel fait la fierté de la Belgique ! Donc, clairement, Marie est overbookée, mais elle nous fait l’honneur de prévoir un gros créneau d’un an et demi dans son emploi du temps pour réaliser un documentaire dont vous vous souviendrez !

Arthur

Arthur a un amour pour la radio et le son. Si vous voulez découvrir les sons particuliers qui font partie du quotidien des Gens du Voyage, il faudra suivre son travail. Il trouve toujours une justesse dans le bruit pour le rendre agréable aux oreilles. Mais surtout, il est honnête et drôle. S’il devait jouer dans une émission télé, ce serait tellement vrai parce que c’est ce qu’il est, tellement vrai. Il pourrait transformer un éléphant en une souris tellement il arrive à trouver de la légèreté même dans les sujets les plus complexes.

Yu-Jin

Passionnée par la photographie depuis plusieurs années, Yu-Jin entreprend tous ses projets avec un grand enthousiasme. Peu importe la tâche que vous lui confiez, elle le fera à merveille. Un talent indescriptible pour faire des portraits des personnes qui passent sur son chemin, elle arrive à vous faire rêver et vous emmener directement sur le terrain grâce à ses clichés. Cette globe-trotteuse a très facile à s’adapter à de nouveaux environnements, c’est inné pour elle de créer des liens forts avec de nouvelles cultures et de nouveaux individus. Toujours le sourire aux lèvres, Yu est motivée à accepter de nouveaux défis et partager sa belle énergie partout où elle se trouve.

Max

Lui, c'est Max, sportif avéré et vidéaste passionné. Il a de la discipline et n’hésite pas à la mettre au service de notre projet quand il faut remettre l’église au milieu du village. Il sait nous rappeler à l’ordre lorsque les idées fusent dans tous les sens, mais sait tout de même lâcher prise quand bon lui semble. Il devient alors blagueur et taquin, pour notre plus grand plaisir. Il allie ses deux passions, le journalisme et le sport. Il est toujours passionné par ce qu’il fait. Que ce soit le sport, le journalisme, les scouts, les vidéos et tous ses autres projets, il est toujours à fond et ne s’arrête pas avant que la perfection ne soit atteinte.

Céline

Doyenne du projet, Céline est la petite maman du groupe. Peu importe la tâche, elle est toujours dévouée à tout faire. Que ce soit accueillir l’équipe dans sa grande maison ou dans sa petite voiture, Cécé ne dit jamais non. Par son calme, elle trouve souvent les mots justes pour temporiser les élans d’énergies du groupe. Partie vivre en Australie après son Bachelier, Céline accorde un intérêt tout particulier à l’itinérance car elle y a vécu en van pendant un an. Par son expérience et sa rigueur, Cécé est la force tranquille du groupe.